Ce fongicide agricole est interdit en Suisse depuis 2020. Pourtant, ses produits de dégradation continuent d'apparaître dans les analyses d'eau potable — y compris dans plusieurs communes valaisannes. Que sait-on vraiment ? Faisons le point, calmement et sources à l'appui.
Le chlorothalonil a été pulvérisé dès les années 1970 sur les céréales, la vigne ou les cultures maraîchères pour lutter contre les champignons. En 2019, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires a réévalué la substance et retiré son autorisation : ses métabolites — les molécules issues de sa dégradation dans le sol — ont été classés « pertinents » pour l'eau potable, ce qui leur impose la limite légale de 0,1 µg/l (OSAV). L'interdiction est effective depuis le 1ᵉʳ janvier 2020.
Le problème, c'est que ces métabolites sont très solubles et très stables. Une équipe de l'Eawag les a recherchés dans les eaux souterraines suisses : l'un d'eux, le R471811, a été détecté dans 100 % des échantillons analysés, avec des dépassements de la limite de 0,1 µg/l dans 52 % des cas (Kiefer et al., Water Research, 2019). L'OFEV confirme l'ampleur du phénomène : des dépassements sont observés dans plus de la moitié des cantons, surtout sur le Plateau agricole (OFEV).
Le Valais n'est pas épargné. Selon une enquête de la RTS, des analyses menées sur 25 puits d'eau potable du canton ont révélé des traces de métabolites du chlorothalonil dans 13 d'entre eux, avec des dépassements de la valeur limite dans cinq communes : Fully, Monthey, Sierre, Sion et Vétroz (RTS, 2020). Les distributeurs concernés ont réagi — dilution avec d'autres ressources, mise hors service de certains captages — et le suivi cantonal se poursuit.
Non, pas de panique : les concentrations mesurées restent de l'ordre du dixième de microgramme par litre, et l'eau distribuée reste consommable selon les autorités. La limite de 0,1 µg/l est une valeur de précaution, pas un seuil de toxicité aiguë. En revanche, la persistance du problème mérite l'attention : les nappes souterraines se renouvellent lentement, et les métabolites déjà présents mettront des années, voire des décennies, à disparaître — alors même que la substance n'est plus utilisée.
Petites molécules, très solubles, peu réactives : les métabolites du chlorothalonil traversent la plupart des traitements classiques. Les travaux de suivi de l'Eawag montrent que même le charbon actif ne retient que partiellement le R471811, et que les procédés conventionnels des stations sont largement inefficaces contre lui ; la barrière la plus fiable identifiée est la filtration membranaire, en particulier l'osmose inverse (Kiefer et al., Eawag, 2020).
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